La Révolution

De la province d'Anjou au département de Maine-et-Loire...une indéniable continuité, une riche histoire à découvrir.

Les premières évolutions institutionnelles

Les premières étapes de la Révolution avaient suscité en Anjou les mêmes espoirs qu'ailleurs. Le juriste Volney et le botaniste La Reveillère-Lépeaux avaient été élus députés du Tiers-Etat ; et quatre députés du clergé sur cinq avaient rallié, parmi les premiers de leur ordre, le Tiers-Etat. L’annonce du 14 juillet avait fait jaillir drapeaux et cocardes y compris dans les Mauges. Les villes où avaient été mises en place les nouvelles municipalités élues, avaient adhéré à l’ordre nouveau et ne devaient d’ailleurs jamais cesser de demeurer « patriotes ». L’abolition des droits féodaux et celle des ordres monastiques n’avaient suscité nulle part de réaction hostile, pas plus que la vente des biens du clergé dont, entre autres, les futurs chefs vendéens d’Elbée et Bonchamps, s’étaient portés acquéreurs. La constitution du département de Maine-et-Loire est officielle le 4 mars 1790. Le nouveau territoire est plus limité que l'ancienne province, amputée au nord des pays de Château-Gontier et de La Flèche, et à l'est de celui de Bourgueil. Mais la seule difficulté vient des prétentions du Saumurois qui, n'ayant pas obtenu de constituer un département autonome, demande à alterner comme chef-lieu avec Angers.

Difficultés sociales et religieuses

Les difficultés économiques sont vite source de graves tensions. En septembre 1790, les « perrayeurs » des ardoisières, manifestant contre la cherté du pain, contraignent la municipalité d’Angers à proclamer la loi martiale ; ils devaient demeurer jusqu’à nos jours à la pointe du combat social. Surtout, après le vote de la constitution civile du clergé (12 VII 1790), la majorité des prêtres du diocèse —désormais confondu avec le département—refusent de prêter le serment civique. Ce refus, moins marqué dans le Saumurois et dans la Vallée, concerne alors la quasi-unanimité du clergé des Mauges : ce fut la première manifestation de divergences durables, en matière religieuse et politique, entre l’Anjou des plaines et celui du bocage. L’évêque, démis de sa charge, s'exila. Les réfractaires, soutenus par leurs ouailles, restèrent presque tous dans leurs paroisses ; les « intrus » imposés par le directoire départemental et l’évêque constitutionnel, Hugues Pelletier, ancien curé de Beaufort-en-Vallée, se heurtèrent à l’hostilité populaire. Il y eut ainsi deux Anjou dont l’antagonisme fut renforcé, en 1792, par la persécution des réfractaires : ils furent d’abord, en février, astreints à résidence à Angers, puis en juillet internés. En septembre, 246 furent déportés en Espagne. Discrédités dès le début, les « constitutionnels » allaient vite être dépassés par les événements.

Vers  la guerre civile

En dépit de nombreuses publications et d’études récentes, les causes profondes de la guerre de Vendée ne sont pas complètement élucidées. Une opposition entre villes et campagne est sensible dès le XVIe s. où la campagne se montre hostile à la Réforme. Or en 1793, le soulèvement sera « catholique et royal », mais antibourgeois et antiurbain tout autant. Les villes constituèrent des îlots acquis, ou soumis à la Révolution au milieu d’une campagne de plus en plus hostile.
Après la déclaration de guerre à l’Autriche, les « patriotes » des villes s’enrôlent. Des actes de bravoure sont même notés : Beaurepaire, commandant le premier bataillon de volontaires du Maine-et-Loire, vaincu à Verdun le 1er septembre 1792, préfère la mort à la reddition. Cependant l’exaspération des campagnes allait croissant : les autorités dénoncent la propagande contre-révolutionnaire des émigrés, celle des « aristocrates » demeurés sur place, et l’analphabétisme de la population rurale. Mais bien d’autres facteurs entrent en jeu. La persécution des réfractaires, le tirage au sort des requis aux armées, substitué au volontariat, les nouveaux impôts, la baisse de l’assignat, le rude hiver de 1792, et enfin l’exécution de Louis XVI dressent les paysans contre la Révolution. Mais ce fut l’annonce de la levée de 300 000 hommes, décidée le 25 février 1793, qui déclencha la révolte.

La révolte de 1793

Elle débuta dans les Mauges, non sans raisons. Les prêtres réfractaires y étaient fort nombreux ; la pauvreté, due à celle du sol, ne faisait qu’augmenter avec la crise du textile de Cholet, devenue aiguë ; la plus grande partie de la terre appartenait aux nobles, lesquels avaient conservé leur influence.

L’initiative du soulèvement fut cependant populaire : les chefs se montrèrent d’abord réticents quand les paysans vinrent les appeler. Un mouvement éclata en même temps dans le Segréen et le Baugeois ; au début, les gardes nationaux parvinrent à le réprimer.

Ce ne fut pas le cas dans les Mauges : le bocage, plus épais, et la rareté des chemins favorisaient le succès de l’insurrection.

A Saint-Florent-le-Vieil, l’agitation commença fin février ; elle éclata le 12 mars, les jeunes gens ayant été convoqués pour le tirage au sort.

Les insurgés trouvèrent des chefs spontanés : le voiturier Cathelineau, le garde-chasse Stofflet, d’Elbée, Bonchamps ; maîtres de la campagne en moins d’une semaine.

Sacré-Cœur d’étoffe cousu sur la veste, au chant du Vexilla Regis, ils s’emparent des petites villes des Mauges tandis que le mouvement s’étend en Loire-Inférieure et en Vendée. Cholet est défendu au prix de sa vie par le marquis de Beauvau, noble rallié dès la première heure à la Révolution et à la république (sous l’ancien régime, il avait eu de multiples ennuis judiciaires dus à une vie sentimentale des plus agitée) : la ville tomba le 14 mars.

La "grande guerre"

Il n'y a pas si longtemps que les habitants des Mauges, parlant de la "grande guerre", n'entendaient pas celle de 1914-1918, mais celle de Vendée. Les Vendéens s’emparent de Chalonnes le 22 mars, de Saumur le 9 avril, d’Angers le 17. Fin juin, la « grande armée catholique et royale » est maîtresse de tout l’Anjou, et Stofflet songe à monter sur Paris ; mais l'armée est insuffisamment organisée, de nombreux soldats-paysans désertent pour moissonner et la Convention prend la mesure du danger. Le 29 juin les insurgés échouent devant Nantes, où Cathelineau est mortellement blessé. Envoyés dans l’ouest sous le commandement de Kléber, les généraux Haxo, Marceau, Westermann, d’abord vaincus à Torfou les 18-19 septembre, sont vainqueurs à Châtillon-sur-Sèvre et le 17 octobre de façon décisive à Cholet. Les Vendéens en déroute repassent la Loire à St-Florent ou Bonchamps mourant fait grâce aux prisonniers républicains, dans un geste immortalisé par David d'Angers, dont le père se trouvait parmi les graciés. L’exode se poursuivit vers le nord. Refoulés devant Granville, traînant avec eux femmes, enfants, blessés, mourants, les "vendéens" cherchèrent à regagner leurs bases, mais les terribles défaites du Mans et de Savenay en décembre mettent fin aux espérances.

La répression

Retranchée dans le bocage, la Vendée ne capitule pas : La Convention lance contre elle les « colonnes infernales», troupes armées chargées d'éradiquer l'insurrection et ses auteurs. Deux siècles après, les Mauges gardent encore la mémoire de la sauvagerie de leur passage, semant ruines, deuils et désolation. Dans le Craonnais, les « chouans » continuent aussi la lutte ; nombre de « patriotes », d’acquéreurs de biens nationaux et de prêtres assermentés périssent assassinés. Dans les villes, où un réflexe de défense renforçe la foi révolutionnaire, la déchristianisation et la terreur se donnent libre cours ; au « champ des martyrs » d’Angers, les cadavres des « brigands » vendéens fusillés s'ajoutent à ceux des « suspects » guillotinés. Après le 9 thermidor, les traités conclus par Hoche à La Jaunaye le 17 février 1795 et à St Florent le 2 mai suivant n’apportent qu’un apaisement provisoire ; le débarquement de Quiberon réveille la lutte : pour peu de temps. Stofflet, l'un des derniers chefs historiques, est fusillé à Angers le 24 février 1796.

La fin des combats

Cependant la lassitude gagnait. Les villes supportaient de plus en plus mal les conséquences des difficultés financières du Directoire. En 1798, la Réveillière-Lépeaux, exposant devant l’Institut les principes de sa « théophilanthropie », reconnaissait lui-même la nécessité d’une religion pour maintenir l’ordre. Le catholicisme renaissait au grand jour. Les campagnes ravagées aspiraient à la paix. Elle revint, après une ultime tentative des chouans qui, soulevés en 1799 sous la conduite de James d’Andigné, parvinrent encore à s’emparer de Baugé et menacèrent Angers. Le 19 janvier 1800, le traité de Montfaucon mit un terme aux guerres de Vendée. Le concordat de 1802, négocié pour Bonaparte par un Angevin, l’abbé Bernier, ancien réfractaire et vendéen, rétablit la paix religieuse ; seule une minorité d’irréductibles la refusa et se constitua en « petite Église ». Pacification religieuse et pacification politique allaient de pair: Installé le 6 juin 1802, le premier évêque concordataire, Charles Montault-Desisles n'était autre que le frère du premier préfet, en fonctions depuis le 29 mars 1800 : Mais les souvenirs de la « guerre des géants » qui avait ensanglanté l’Anjou et mis la république en péril ne devaient pas être oubliés de sitôt.



Fiche précédente : Les premières expériences réformatrices  - Epoque précédente : Les temps modernes

Fiche suivante : La tradition conservatrice - Epoque suivante : L'époque contemporaine
Actualités

Journées du patrimoine : Le Département ouvre sept propriétés !

Samedi 19 et dimanche 20 septembre, les angevins pourront profiter des Journées européennes du...


20.04.2011

Le millénaire de Baugé

En 2011, Baugé commémore ses 1000 ans d’existence. Un événement que la ville entend fêter de bien...


19.09.2012

Par ici la sortie

Cinéma, musique, théâtre, patrimoine… le Département de Maine-et-Loire et ses partenaires offrent...


© Département de Maine-et-Loire - Tous droits réservés