Les déchirements de la Réforme

De la province d'Anjou au département de Maine-et-Loire...une indéniable continuité, une riche histoire à découvrir.

L'essoufflement du catholicisme

La ferveur religieuse avait nourri, avec des expressions différentes et non sans tensions, l'ensemble des siècles du Moyen-âge. A sa manière, un prince comme René d'Anjou, composant son "Mortifiement de Vaine Plaisance" pour illustrer les vertus de la contrition, appartient encore à cette imprégnation médiévale. Mais il en va tout autrement à la Renaissance, essentiellement d'inspiration laïque; Le goût de l'antique, le retour aux auteurs du classicisme latin et grec se conjuguent avec l'affaiblissement de l'observance et l'attitude provocante d'un certain nombre de membres du clergé, qui délaissent ostensiblement leur ministère. A ce titre l'abbaye de Fontevraud fait figure d'exception. Engagée dans une réforme précoce, l'abbesse Renée de Bourbon  (1491-1534) fait voûter le réfectoire, reconstruire le grand cloître, la salle capitulaire, le dortoir, et enserrer l'abbaye dans un vaste mur de clôture. Son œuvre est poursuivie par sa nièce, Louise de Bourbon (1534-1575). A la fin du siècle est développé l'ensemble adjacent de Saint-Benoît, et transformé le cloître roman de Saint-Lazare. Mais ailleurs, les quelques édifices à vocation religieuse (prieurés de Saint-Remy la Varenne, de Cunaud), s'apparentent à des constructions laïques.

La controverse protestante

Le terrain était propice pour la recherche d'un autre idéal moral et religieux Il s'effectuera cette fois-ci hors de l'Eglise catholique, sous l'impulsion du religieux Augustin Martin Luther. Affirmant que la seule autorité relève de la Bible, que le salut ne peut venir que du Christ, il récuse la hiérarchie ecclésiastique et préconise la fondation de nouvelles communautés. L'Anjou, foyer intellectuel de premier plan, est très vite atteint par la controverse. Les œuvres de Luther sont  présentes dans le diocèse dès les années 1520 et condamnées en 1523. La première communauté réformée fondée à Paris a pour ministre un angevin, la seconde fondée en France l'est à Angers. Malgré les bûchers dressés à Saumur en 1552 et à Angers en  1554 les convictions ne faiblissent pas, voire même se renforcent, recueillant des soutiens parmi les notables soucieux de rigueur. Ainsi, lors de la réunion des Etats provinciaux tenus à Angers en 1560, un ministre du culte réformé fit l'exposé de sa foi protestante, tandis que l'avocat du roi François Grimaudet stigmatisait devant le Tiers-état les insuffisances du clergé romain. Cette réunion se termina par la sanglante "journée des mouchoirs"(14 octobre 1560), au cours de laquelle les protestants, utilisant des mouchoirs en signe de ralliement, saccagèrent plusieurs églises.

Les premières guerres de religion

Le signal de la guerre était donné. Elle devait, par crises sporadiques, durer quarante années. La première "guerre de religion" fut marquée par la prise d'Angers par les protestants (1462);   Lors de la seconde, en 1467-1468 , l'évêque d'Angers Guillaume Bouvery tenta de former une ligue de résistance catholique. La situation aurait pu tourner au massacre sans l'intervention modérée du corps de ville, conduit de façon exemplaire par le lieutenant criminel Pierre Ayrault. Lors de la troisième guerre, une véritable armée protestante se constitua au sud de la Loire et ravagea la province avant d'être battue à Moncontour en Poitou par le duc d'Anjou en octobre 1569. Les protestants avaient cependant en partie obtenu gain de cause, puisque l'édit de Saint-Germain signé l'année suivante leur accordait quatre places de sûreté, dont Saumur.  Mais en 1572 le comte de Montsoreau annihilait tous les efforts de pacification en conduisant  avec zèle la Saint-Barthélemy angevine.

Dernières résistances jusqu'à l'édit de Nantes

Après 1572, la guerre s'éloigne de l'Anjou. Installé par le nouveau duc François d'Alençon, le gouverneur Bussy d'Amboise se rend odieux aux deux partis par ses exactions. Il devait périr en 1579, victime de sa passion pour la "dame de Monsoreau", aventure qui constitue l'argument du célèbre roman d'Alexandre Dumas. Dans les années suivantes, le château d'Angers reste un enjeu disputé. Menacé par les protestants du prince de Condé (1585), puis par les ligueurs du maréchal de Brissac (1589). On sait qu'Henri III donna l'ordre à son capitaine, Pierre Donnadieu de Puycharic, de le raser, et que celui-ci exécuta l'ordre avec tant de lenteur, que seul les étages supérieurs des tours furent démolis. Son mausolée de marbre, qui ornait primitivement son tombeau dans la chapelle des Jacobins, est maintenant visible dans la chapelle du château et rappelle qu'Angers doit à ce gentilhomme Narbonnais d'avoir pu conserver presqu' intacte la silhouette de sa forteresse.
L'obstination de la Ligue prolonge, après l'abjuration d'Henri IV, une guerre qui n'a plus lieu d'être. Les trois frères de Saint-Offange, soutenus par le duc de Mercoeur, conduisent la résistance dans leur nid d'aigle de Rochefort-sur-Loire. Il faut l'obstination du roi et de fortes compensations financières pour mettre fin aux derniers coups de main.

Saumur, place protestante

L'Edit de Nantes, signé dans cette ville le 13 avril 1598 mais préparé à Angers, permet à Saumur de rester une place-forte protestante, tandis que deux autres lieux de cultes sont ouverts à Baugé en 1599 et à Sorges près d'Angers en 1600. L'Anjou, comme le royaume, a trouvé enfin la voie de la pacification religieuse. A Saumur, un homme va incarner plus particulièrement le nouvel ordre religieux et politique : c'est Philippe Duplessis-Mornay, conseiller d'Henri de Navarre mais aussi théologien et intellectuel de premier plan, qui occupe depuis 1589 le poste de gouverneur de Saumur, et de lieutenant général de la ville. Il le restera trente ans (1589-1621). Homme de concorde, il s'emploie à maintenir l'équilibre fragile établi par l'Edit, malgré les extrémismes et provocations des deux bords. Surtout, il obtient d'Henri IV l'autorisation de fonder dans la ville un collège, qui s'érige bientôt en Académie protestante, destinée à promouvoir la théologie réformée à l'image de celle fondée par Calvin à Genève. Le dynamisme intellectuel de cette institution, la réputation des enseignants, la présence dans la ville d'étudiants venus de l'Europe entière et la vitalité des controverses religieuses soutenues par des penseurs comme Moïse Amyrault donnent à Saumur, désormais  haut lieu de l'humanisme réformé, un rayonnement qui perdurera jusqu'à la Révocation de 1685.

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